Freud, L’homme Moise et la religion monotheiste

Posted on février 19, 2009 par

0


Si je ne suis, malheureusement, guere en mesure de juger du bien fonde historique des conclusions freudiennes concernant les fondements des religions juives et chretiennes, j’ai – sur la forme – particulierement apprecie la puissance de l’analyse, sa profondeur et son etendue, ainsi que la clarte de l’expose et des arguments avances. C’est de ce point de vue un veritable delice, peut-etre un modele du genre a faire lire a tout etudiant. Certes, il y a de nombreuses repetitions, comme le souligne la preface (pompeuse et inutile) mais le tout reste clairement didactique et sert a plein l’objectif de l’auteur : permettre au lecteur de juger de l’honnetete du chercheur, de jauger du bien fonde de l’argumentation, de connaitre les sources et les references et le role de celles-ci dans la structure du developpement.

9782070327416fs1

Freud sachant qu’il marchait sur des oeufs a « s’attaquer » aux fondements historiques des religions, a volontairement mis a nu son argumentation et cela permet au lecteur de se delecter de la logique mise en oeuvre, de voir comment la grande intelligence de Freud

Je ne resiste pas a vous en soumettre un excellent passage sur l’impact du sentiment de culpabilite comme fondement du monotheisme :

Le cadre de la religion de Moise n’offrait aucun espace a l’expression directe de la haine meutriere du pere ; seule pouvait venir au jour une puissante reaction contre cette haine : le sentiment de culpabilite ne de cette hostilite, la mauvaise conscience d’avoir peche contre Dieu et de ne pas cesser de pecher. Ce sentiment de culpabilite que les prophetes maintinrent en eveil sans interruption, qui devint bientot partie integrante du systeme religieux, avait encore une autre motivation, une motivation superficielle qui masquait habilement sa veritable origine. Le peuple avait la vie dure, les esperances qu’on avait placees dans la faveur de Dieu tardaient a se realiser, il n’etait pas facile de s’accrocher a l’illusion cherie par-dessus tout selon laquelle on etait le peuple elu de Dieu. Si l’on ne voulait pas renoncer a ce bonheur, le sentiment de culpabilite concernant son propre etat de peche fournissait une raison bienvenue pour disculper Dieu. On ne meritait rien de mieux que d’etre chatie par lui, parce qu’on n’observait pas ses commandements, et dans le besoin d’apaiser ce sentiment de culpabilite, qui etait insatiable et qui venait d’une source tellement plus profonde, on dut rendre ces commandements toujours plus rigoureux, plus vetilleux et aussi plus mesquins. » (p.240)

Sigmund Freud, L’homme Moise et la religion monotheiste, Gallimard, Folio Essais, [1939], 1993.

Est-ce que CRASS venait de lire Freud quand ils ont lance leur « Jesus is died for his own sins, not mine !« .

PS : retrouvez l’integralite du livre sous forme numerique a cette adresse (word, pdf, txt).

Publicités
Tagué: , ,