Immigration, culture et politique

Posted on janvier 29, 2009 par

0


Peut-on parler d’incompatibilites entre cultures differentes ? Une question importante pour qui s’interesse aux enjeux politiques et culturels des migrations.

Voici  deux extraits d’un texte paru sous la forme de debat posant la question de cette incompatibilite. Quelle peut etre la nature des differences culturelles ? Quelles consequences tirees de ces differences ? Ne doit-on pas ,en premier lieu, reflechir a la maniere dont on se pose ces questions, de peur que des conclusions, nous apparaissant sous la force de verites anthropoliques, ne viennent justifier des prises de decisions politiques ?

« Ne nous trompons pas, la mise en garde contre les dangers inhérents aux généralisations abusives des traits culturels n’a pas pour but de nier ni l’homogénéité de certaines pratiques et représentations ni, conséquemment, l’hétérogénéité des groupes entre eux.

L’idée n’est pas tant de mettre en garde contre les risques de réifications des traits culturels que de pointer les problèmes, à mon sens importants, relatifs à l’emploi d’une approche « culturaliste » de l’immigration et des immigrants. Les difficultés quant à la mise en définition d’univers culturels compte tenu de leur hétérogénéité ne doivent évidemment pas interdire de prendre en considération la réalité des traits culturels de tel ou tel groupe social. Cependant, les traits culturels ne devraient pas être la donnée première mais seconde de l’analyse des situations d’immigration. Pensons-y, placer la culture avant la politique c’est partir battu d’avance, à la manière de ces années où l’économie placer au-dessus de tout justifiait – par les croyances en sa nature tout aussi transcendante qu’immanente – l’incapacité du politique à intervenir efficacement sur le destin du monde. De la culture à la nature humaine la frontière est toujours très fine et le politique ne peut rien contre des forces anthropologiques trop vites érigées en loi. »

Et :

« Les réticences à cette multi-appartenance s’observent effectivement ici et là à l’occasion par exemple des mariages mixtes. De Roméo Montaigu et Juliette Capulet, l’histoire de l’humanité est traversée par ces histoires poignantes d’amours interdits. Néanmoins, aux vues des données récentes publiées par l’INSEE […], on observe que plus de la moitié des immigrés mariés se marient à un français. De plus, les mariages mixtes augmentent depuis 1997 et représentaient en 2005 un mariage sur cinq ( réf. INSEE, Les immigrés en France – Édition 2005). Ils sembleraient que les différences au moins sur ce point se montrent plutôt « compatibles »… De quoi, sans nier tous les importants problèmes liés à l’immigration, nourrir quelque optimisme. »

Ce texte est integralement accessible sur le site des Cahiers de Psychologie politique (N.12, janvier 2008, rubrique debat), Immigration, culture et politique, Benjamin Matalon et Vaubourg Olivier.

Pour information : Benjamin Matalon est professeur honoraire de psychologie sociale et de méthodologie à l’Université Paris VIII. Il a aussi enseigné à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales. Il y a animé un séminaire sur la sociologie de la connaissance scientifique, où il s’est trouvé confronté à la question du relativisme.

Je vous encourage a lire le dernier ouvrage de Benjamin Matalon, Universalisme et relativisme, L’Harmattan., 2006.

Publicités
Posted in: histoire, sociologie