D. Demazière, Cl. Dubar, Analyser les entretiens biographiques

Posted on mai 28, 2008 par

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Il s’agit d’un ouvrage de méthodologie à la visée bien définie :

« […] comment utiliser des entretiens de recherche en sociologie dès lors qu’ils ne constituent pas des questionnaires déguisés mais de «vrais » dialogues centrés sur la personne rencontrée ? Comment produire, analyser et présenter ces entretiens ? Quels sont les problèmes à résoudre par le sociologue pour que les résultats de son travail soient convaincants et respectent la parole de ses interlocuteurs ? En quoi peut-on parler d’une analyse sociologique à propos d’entretiens de recherche souvent qualifiés de « non-directifs » ? » (p. 5)

Si le vif du sujet de l’ouvrage est ainsi directement présenté, il nous semble néanmoins plus approprié et éclairant d’introduire la présentation de ce livre par la relation qu’il entretien avec son objet d’étude à proprement parler, à savoir « les récits d’insertion ». Et nous interrogerons pour ce faire les motivations premières à l’origine de cette méthodologie.

Claude Dubar et Didier Demazière ont respectivement comme objet de prédilection le monde du travail et le monde du non-travail. Deux univers, largement transformés durant ces vingt dernières années, face auxquels l’individu est de plus en plus conscient de la « nécessité » d’acquérir un diplôme scolaire correspondant à l’emploi visé (Terrail, 1995), tout en sachant que celui-ci ne garantit en rien l’accès systématique à ce dernier, ni d’ailleurs à un emploi tout court. L’insertion des jeunes est donc ce processus où l’articulation entre « ressources subjectives », stratégies et structure(s) du marché de l’emploi est plus que déterminante (Dubar, 1995). Considérant la question du « sens de l’action » et des lectures individuelles du monde comme primordiale, les auteurs vont donc développer un angle d’étude sociologique du processus d’insertion à la fois « compréhensif » et « phénoménologique ». Il s’agit d’accéder par induction à la structure des représentations de l’individu relatives au monde « socio-professionnel » afin de mieux en appréhender le comportement face aux difficultés de l’insertion.

Nous traiterons donc dans un premier temps de cette option épistémologique, de ses fondements et de ses conséquences. Dans un deuxième temps, nous développerons à grands traits la méthodologie proposée. Enfin nous consacrerons une troisième partie à une triple discussion : 1/ nous réfléchirons à cette problématique sous-jacente à l’ouvrage croisant théorie de l’identité et approches méthodologiques ; 2/ nous interrogerons l‘articulation entre discours singulier et idéologie ; 3/ nous aborderons, d’un point de vue méthodologique, la question d’un possible prolongement des résultats obtenus.

Sociologie et théories du langage

La socialisation peut être considérée, à un certain degré d’analyse, comme un processus actif d’acquisition, par l’individu, d’un médium entre lui et son environnement. C’est en ce sens que les auteurs nous invitent à prendre en compte le rôle capital du langage, et plus particulièrement de la langue, comme précisément cet outil de médiation entre le sujet et le monde – entre le sujet et son monde. Intérêt pour la nature du langage déjà souligné dans l’article Usages sociaux et sociologiques de la notion d’identité (Dubar, 1996, p. 40) où l’utilisation sociologique, explicite ou non, de telle ou telle théorie du langage nous est présentée comme un choix « marqué » (Achard, 1998 ) et une option fondamentale dans ses conséquences.

Le statut de « la parole des gens »

Le lien établi entre biographie et lecture du monde donne toute son importance à l’interprétation que fait l’individu de ses situations de vie. Réaliser une série d’entretiens auprès d’une population aux caractéristiques spécifiques – ici trente-cinq jeunes des deux sexes peu diplômés – c’est par conséquent « recueillir leur parole, de manière à comprendre ce qu’ils pensaient de leurs parcours, écouter leurs discours sur leur entrée dans la vie active, afin de saisir leurs propres interprétations de leurs expériences » (Demazière & Dubar, 1998, p. 57). Cependant effectuer des entretiens dans de tels buts pose la question critique de la véridicité des propos tenus par les entretenus. Bref, peut-on faire confiance à la parole des interviewés ?

Les auteurs prennent le parti pris épistémologique d’accorder un principe de vérité à la parole des gens. Néanmoins, il nous faut remarquer que ce principe ne s’applique pas à la réalité des pratiques décrites lors de l’entretien mais à l’interprétation de celles-ci. Ainsi, on comprendra que nos auteurs fassent référence aux « récits de pratiques » de Daniel Bertaux (Dubar, 1996 ; Demazière & Dubar, 1998 ; Demazière & Dubar, 1997) tout en s’en distinguant par leur méthode d’analyse… Soit une position que nous pourrions résumer ainsi : nous avons à faire à des récits et rien d’autre que des récits ; il n’est pas question de réifier les dits en pratiques-en-soi .

Il y a un niveau paradoxalement rigoureux, c’est celui qui considère la parole pour ce qu’elle est. Dans une telle approche, la parole des gens, en situation d’entretien, n’est considérée ni comme « transparente » où nous aurions qu’à restituer cette parole pour appréhender le fonctionnement sociologique de l’objet étudié, ni comme « opaque » où l’univers sémantique des récits-entretiens n’accéderait à l’intelligibilité savante que passée au crible d’une « grille » théorique sélective a priori.

Par conséquent, c’est en s’opposant respectivement à une théorie du langage « réaliste », qu’ils renvoient à l’usage dit « restitutif » des entretiens, et à une théorie « représentationniste » qu’ils rapportent à un usage dit « illustratif » des entretiens que Demazière et Dubar, sur les traces de Wittgenstein, propose l’utilisation d’une théorie pragmatiste et relativiste du langage permettant de considérer au mieux la nature du discours et le caractère situé de l’acte d’énonciation. C’est l’utilisation en sociologie de la « double articulation » linguistique devenant alors la « double transaction » :

« Mettre en récit, c’est articuler du temporel et du spatial, du biographique et du relationnel, de la succession et de simultanéité. Comme la langue articule du syntagmatique et du paradigmatique, de la contrainte grammaticale et de l’inventivité sémantique, de l’horizontal et du vertical. » (Demazière & Dubar, 1997, p. 330).

La pratique de l’entretien : la « non-directivité »

Si le matériau recherché est la parole des gens, et en elle la dimension biographique des représentations, il faut logiquement mettre en œuvre une technique d’entretien permettant à l’entretenu de « se raconter » dans les meilleurs conditions envisageables. Ainsi, la pratique de l’entretien doit se démarquer le plus possible des questions « fermées » du type questionnaire – explicite ou non. Compte-tenu de l’enjeu, il s’agit donc de ne pas interférer dans la « mise en mot » et son déroulement par des commentaires et autres interventions intempestives. L’entretien doit se dérouler sur la base d’un « contrat de communication » clair où est spécifié les rôles complémentaires des deux protagonistes ; l’un initie l’entretien et écoute attentivement, l’autre « se raconte ». Donnons-en deux exemples pratiques :

  1. La question initiatrice des entretiens était la suivante : raconter « ce qui s’est passé, pour vous, depuis la sortie de l’école ». Par une telle question introductive, volonté est de laisser ouvertes au maximum les directions possibles que peuvent prendre le récit à venir. Les latitudes ainsi libres, c’est le choix de l’interviewé qui fera sens en tant que tel et non l’éventuelle réponse sous-entendue de l’intervieweur.

  2. La technique de relance : l’insertion d’une retranscription intégrale d’un entretien nous permet de repérer que la technique de relance observée par l’intervieweur s’inscrit effectivement dans cette intention d’ouverture au premier abord du champ des possibles. Le chercheur pose une question qui est en fait une demande d’explicitation d’un mot prononcé précédemment qui lui semble central et/ou qui a fait l’objet d’une interruption ou d’un contournement.

Deux pratiques qui ont comme point commun de réduire le plus possible l’introduction de catégories savantes ou officielles qui à terme perturberaient fortement le travail d’analyse puisque troublant, on le comprend bien, l’attribution sémantique des mots employés.

Nous noterons tout de même en deux points que la notion de « non-directivité » est à relativiser :

  1. La situation d’entretien n’est pas un soliloque mais une relation dialogique ; il s’agit donc de ne pas oublier le rôle fondamental de l’intervieweur derrière une notion qui tend à l’effacer.

  2. Certaines personnes peuvent éprouver quelques difficultés face à cet exercice finalement assez peu commun. Et à ce titre, une pratique plus « interventioniste » de relance peut parfois s’avérer nécessaire et fructueuse (Demazière & Dubar, 1998, p. 57).

Biographie et analyse structurale

Il nous semble que le point fort de cette démarche consiste en l’articulation de la dimension phénoménologique et de la dimension structurale au sens de la théorie du langage développée entre autres auteurs par R. Barthes, A.J. Greimas et P. Ricœur. Et c’est en ce sens qu’il nous faut comprendre la notion de « biographie » :

« Il faut tenter de tenir à la fois les deux bouts partiellement contradictoires de la chaîne de la connaissance des sujets : le respect intégral de l’expression de la personne dans sa singularité d’être parlant et l’ancrage de cette parole unique dans un monde social partagé avec d’autres et structuré par des symboles communs » (Demazière & Dubar, 1998, p. 59).

L’articulation entre angle sociologique biographique et théorie pragmatiste (et structurale) permet de prendre en compte une « double contingence » de l’acte langagier à savoir sa détermination par « l’espace culturel » de sa mise en œuvre, et sa détermination par le « moment biographique » dans lequel se trouve et se définie l’individu. Soit un puissant outil offrant l’utilisation corrélative de la grounded theory, de la sociologie des identités et d’un savoir linguistique avancé et solide ; une des façons d’entretenir un lien sûrement heuristique entre « situationnel et structurel » :

« Il nous semble que, à la posture analytique centrée sur l’expression du sujet, sa mise en mot spécifique et l’émergence de catégories structurant sa pratique et celle de ses « semblables subjectifs », correspond la croyance dans la relativité socio-historique des catégories et la confiance dans la validité intersubjective des paroles d’un sujet en situation de dialogue – prenant ici la forme spécifique d’entretien de recherche » (Demazière & Dubar, 1998, p. 58).

3 niveaux de descriptions du récit

R. Barthes distingue trois niveaux d’analyse du discours :

  1. le niveau des séquences où il s’agit de discerner et de numéroter « les termes utilisés pour « dire » les étapes de son parcours ».

  2. le niveau des actants où il s’agit de repérer les « autrui » intervenant au sein de ces étapes.

  3. Le niveau de l’argumentation où il s’agit de déterminer « les raisons données pour justifier chacun des événements marquants ».

Sans entrer trop en détail dans la complexité de la théorie, nous signalerons que l’analyse structurale choisie par les auteurs revient à mettre à jour des « homologies structurales » communes aux trois niveaux développés ci-dessus ; ces homologies prenant la forme d’ensemble de conjonctions et disjonctions, comme par exemple : « Facile/Pas facile = Intérim ou chantier/Place ou Affaire… ». Et c’est à partir de ces homologies internes au récit qu’il est nécessaire de construire une typologie formalisant « l’architecture des catégories structurantes, « l’ordre catégoriel » du récit (Sacks, 1992), et […] les propositions les plus essentielles du discours argumenté, son « univers de croyances » (Martin, 1987) » (Demazière & Dubar, 1998, p. 58).

Typologie et construction de « schèmes »

Que ce soit au niveau des séquences, des actants ou de l’argumentation, il faut à chaque pas de la typologie contrôler et justifier le sens des termes que l’ont choisis. Ainsi, Demazière et Dubar énoncent que leur procédé n’est pas en ce sens aussi « exotérique » que l’idéal inductif le souhaiterait mais essayent de manœuvrer au mieux en construisant progressivement des catégories à partir de lexème choisis au sein du récit lui-même. Les étapes consistant à repérer séquences, actants et arguments consistent en des attributions de lexèmes du récit à des repères numériques. Par exemple : « S0 =  » l’école et tout, ça allait, je faisais rien  » ; A4 =  » mon père, lui, c’est pas pareil, il n’a pas été à l’école… pour lui, c’est de trouver une bonne place dans une bonne usine  » ».

Après avoir construit pour chaque entretien un « schème spécifique », une seconde étape consiste en la mise en regard de chacun de ces schèmes. De cette comparaison, on en déduira des « tas » édifier par « itération et ajustements successifs » à partir de schèmes « unités-noyaux » sur la base d’homologies communes ; et ce en mettant sous contrôle le « rôle d’attracteur logique » des schèmes dégagés les plus « caractéristiques ». Enfin, la troisième étape consiste en la construction de « schèmes typiques » qui consisteront en autant de manières significatives, distinctes mais non-exclusives et complémentaires, de percevoir telle ou telle partie du monde ; étape énoncée par cette très belle formule :

« […] nous pouvons partir des couples disjonctifs principaux, qui structurent les schèmes typiques et rendent compte de la tension narrative entre l’espace des possibles et l’ordre du souhaitable » (Demazière & Dubar, 1998, p. 64).

C’est ainsi que nos auteurs ont dégagé quatre « mondes » de représentation du « monde socio-professionnel » : 1/ le monde des métiers où se joue la relation disjonctive entre « être à une place » et « avoir son affaire » ; 2/ le monde des emplois où il est question de la quête de stabilité et de son contraire, le chômage ; 3/ le monde des fonctions où l’enjeu est la valeur allouée à tel ou tel travail, entre évolution possible et tâche ingrate d’exécution ; 4/ le monde du travail protégé où s’oppose la « galère » (RMI et « stages bidons ») et le « vrai emploi », objet d’attente et représenté comme la porte de sortie ».

Cette méthodologie d’analyse sociologique d’entretiens-récits se présente donc comme un moyen de mise à jour, à partir des individus eux-mêmes, de « logiques sociales » à l’œuvre dans leurs représentations du monde et donc, on le suppose, à l’œuvre dans leurs comportements. Et comme le spécifient à plusieurs reprise nos auteurs, il faut bien comprendre que ce genre d’analyse n’est pas une définition de population, ni un classement de personnes, mais la construction inductive d’une typologie de schèmes de représentations relatives à une partie du monde qui, pour cette raison même, vient invalider tout un ensemble de catégories officielles sur l’insertion des jeunes et leurs difficultés (Demazière & Dubar, 1998, p. 56 et p. 62).

Discussions

De la question de l’identité

De la même façon que l’acte d’énonciation est « situé », Demazière et Dubar nous présentent « l’identité sociale » d’un individu comme dépendante de la situation de sa manifestation. Ainsi, ils préféreront parler de « formes identitaires » plutôt que d’identité ; notion qui finalement draine assez souvent derrière elle un essentialisme latent ou revendiqué (Cf. schéma ci-joint où nous avons essayé d’articuler construction de l’identité sociale, théorie du langage, type d’usage des entretiens et données sur l’essentialisme). En affirmant classer non pas des individus mais des « formes symboliques », les auteurs rappellent donc leurs conception de l’identité sociale et finissent par la formaliser de la façon suivante : les « formes identitaires » sont des « systèmes de signification particulièrement typique et qui structurent les récits biographiques et permettent de schématiser les configurations personnelles » (Dubar, 1996, p. 42). Ainsi :

« L’expression des formes identitaires dans le récit dépend aussi du contexte. Chacun peut, à la limite, se référer à des formes identitaires différentes selon son interlocuteur et le contexte de l’entretien, qui est toujours une forme de conversation. Mais les contraintes de la « mise en récit » imposent le recours à une forme identitaire dominante assurant une certaine cohérence à la succession des séquences et à la formulation des actants. C’est cette mise en forme que l’analyse structurale permet de décrire dans un contexte donné » (Demazière & Dubar, 1997, p. 331)

On ajoutera que ces « formes identitaires » étant en partie constituer par la « stigmatisation sociale », telle que la définit E. Goffman, cette approche méthodologique des difficultés de l’insertion professionnelle permet à la fois de relativiser les catégories officielles en cours – comme mentionné ci-dessus – mais aussi de mieux appréhender comment les discours particulièrement nombreux sur le monde du travail se trouvent être réappropriés par les jeunes eux-mêmes en fonction de leur vécu.

De l’articulation entre récit singulier et idéologie

Selon Mikhail Bakthine « parler c’est toujours opposer une contre-parole, se situer par rapport aux discours antérieurs pour y adhérer ou s’y opposer » (1929, p. 316). Ainsi, par la considération du caractère « dialogique » de chaque discours, on s’aperçoit que, non seulement, l’acte langagier n’est en aucun cas un fait isolé et sui generis, mais également, que son étude passe par la prise en compte du discours « référent » implicitement convoqué. Pratiquement, les récits des jeunes sur leur insertion professionnelle se construisent donc en fonction de « discours officiels » produits par des « acteurs institutionnels » discriminant le marché du travail et son fonctionnement de telle ou de telle façon. Réfléchissant sur ces éléments d’influence « extérieure » à l’entretien, les auteurs énoncent un possible programme de recherche constitant dans un premier temps à inventorier ces « discours offficiels », et, dans un deuxième temps, à classer les récits biographiques selon leur proximité « socio-verbale » avec l’un ou l’autre de ces discours de référence. Cependant, à considérer le contenu des récits recueillis aussi bien que les déclarations médiatiques, il ne semble pas qu’il existe d’idéologie dominante « en arrière-fond commun à l’ensemble des partenaires sociaux et des acteurs institutionnels dans la société française des années quatre-vingt-quatre-vingt-dix » (Demazière & Dubar, 1997, p. 317). L’hypothèse serait qu’il existe une pluralité de discours de référence dont la discrimination serait d’autant plus difficile a/ qu’ils peuvent être mobilisés au sein du même récit biographique, à des moments différents, b/ qu’ils sont par nature implicites et donc d’origine effacée , c/ qu’ils peuvent avoir été l’objet d’une transformation, d/ qu’ils sont à considérer diachroniquement dans une sorte de dialogue en retour :

« On peut difficilement privilégier l’influence des discours officiels sur les récits des jeunes concernés sans prendre aussi en compte le choc en retour de la réalité vécue sur les discours officiels eux-mêmes. » (Demazière & Dubar, 1997, p. 318)

Par conséquent, une difficulté majeure s’élève face à nous lorsqu’il s’agit de compléter l’étude de récits par une prise en compte de leur environnement idéologique ; comment combler cet abîme entre récit singulier – biographique – et idéologie ?

Une solution consisterait peut-être à réduire cette apparente aporie par une réflexion sociologique d’orientation « matérialiste ». « Un groupe ne pense pas », une idéologie n’a donc pas de réalité en soi. Il faudrait donc définir l’idéologie comme un discours de référence actualisé lors de la production d’un récit. Et nous établirions la distinction suivante :

  1. Une idéologie serait un discours de référence par rapport auquel on construit son récit, auquel on adhère ou non. C’est donc un discours qui n’apparaît qu’au sein d’un autre discours. Une idéologie serait un discours à part entière que sous sa forme militante.

  2. Un discours idéologique serait un discours, en tant que tel, relativement stéréotypé car reproducteur d’une façon de voir le monde, énoncé antérieurement par un ou des autruis significatifs (parents, journalistes, politiciens, professeurs…)..

Un autre axe d’approche de cette question passe par la nature syntaxique ou paradigmatique de cette influence. Le discours de référence est-il déterminant dans la façon dont il présente l’enchaînement des mots et donc des idées ? Est-il déterminant dans sa façon dont il convoque les idées et donc les mots ? Est-ce les deux? Notons enfin qu’en sémiotique narrative la « structure profonde » du récit est à la fois syntaxique (relations) et sémantique (valeurs). Nombre de considérations parmi d’autres qui demanderont un développement ultérieur.

Du prolongement possible

Le choix des trente-cinq jeunes fût établi à partir d’un échantillon plus large de 1600 individus, ayant tous été soumis à un questionnaire préliminaire par téléphone. Le nombre de trente-cinq entretiens semble de nature à remplir les critères de représentativité exigible dans le cadre d’une démarche qualitative telle que celle-ci. Cependant, la population répondant aux critères définis étant assez large, on pourrait envisager la mise en œuvre d’un questionnaire élaboré à partir des connaissances dégagées (les quatre mondes, la question des temporalités « ouvertes » ou « fermées », etc.). Il s’agirait donc d’étendre l’étude, de façon synchronique, à un échantillon plus large afin de valider ou non la généralisation avancée précédemment.

On pourrait également opter pour l’extension de cette étude par la voie « longitudinale » et donc s’intéresser aux futures relations entre événements, d’une « transition professionnelle » chaotique, et cheminement à travers les différentes « formes identitaires ».

Compte rendu de : D. Demazière & Cl. Dubar, Analyser les entretiens biographiques – L’exemple des récits d’insertion, Nathan, Essais et Recherche, Paris, 1997, 350 p.

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