Bernard Lahire, L’homme pluriel

Posted on mai 22, 2008 par

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Lahire nous présente ce livre comme une « esquisse d’une théorie de l’acteur pluriel ». Cependant, plus qu’une esquisse, celui-ci est une stimulante contribution à une réflexion épistémologique sur la sociologie à partir de ses propres recherches empiriques. Partant délibérément de ses résultats d’enquêtes ainsi que de certaines recherches de psychologie(s) contemporaine(s), il en est venu à relativiser, voire à infonder, quelques notions des théories de l’action dominantes, et en particulier celle du « sens pratique ». Ces travaux de recherches (principalement sur la socialisation scolaire et les rapports à l’écriture) l’ont amené à établir son propre schéma sociologique de l’action, à remettre en question certains éléments de la psychologie piagetienne passée dans la sociologie et conservée depuis près de vingt ans, et enfin, à proposer une sociologie dans un nouveau « cadre épistémologique » enrichie de ses résultats et questionnements.

Dans notre société contemporaine, à prendre en compte le nombre et la nature des différents groupes d’appartenances, passés et présents, d’un même individu, on met à jour la diversité des « logiques sociales » que celui-ci traverse et partage. Du point de vue de la « socialisation », nous obtenons un individu qui se comportera de telle ou telle façon dans un groupe, dans une situation, puis d’une manière différente ailleurs. Ainsi, face à une situation, il pourra ne pas disposer d’une réponse unique mais être le lieu d’un conflit de « schèmes d’action » respectivement intériorisés dans des logiques sociales divergentes. L’ « hétérogénéité » se joue donc à la fois dans des espaces différents mais également, possiblement, dans un même temps. En fonction des « scènes » de la réalité sociale, l’homme sera donc pluriel. A l’homogénéité des sociétés traditionnelles, et des groupes autarciques (à « esprit de corps »), succède donc l’hétérogénéité des « principes de socialisation » :

« Tout corps (individuel) plongé dans une pluralité de mondes sociaux est soumis à des principes de socialisation hétérogènes et parfois même contradictoires qu’il incorpore. » (p.33)

A grand traits, la théorie des « ressorts de l’action » de Bernard Lahire est la suivante. L’acteur se socialise au sein de groupes dont les manières de faire (de percevoir…) sont respectivement différentes, au sein de groupes eux-mêmes bigarrés (qu’on songe ici à une famille dont la mère ne travaille pas, le père fonctionnaire, le frère à l’armée… ). Ces différentes logiques sociales donne lieu à une intériorisation de principes de socialisation possiblement hétérogènes, ce que l’auteur nomme un « multidéterminisme ». Les types d’expériences incorporées peuvent être de nature différente et en fonction d’une « configuration de situation », devra donc s’opérer dans un même temps une « sélection » parmi les différents schèmes d’action mobilisables, une « inhibition » des autres schèmes, et enfin de compte une « actualisation », c’est-à-dire la manifestation du schème sélectionné.

[Mon compte rendu complet et détaillé est à cette adresse]

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