Halimi, Les nouveaux chiens de garde

Posted on mars 19, 2008 par

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Ce journaliste s’attache à décrire le monde journalistique dans ce qu’il a de complice avec « l’idéologie libérale » au pouvoir. Et s’incrit en cela dans la démarche de Paul Nizan (Les chiens de garde, Maspéro, 1976) mais également de J.P. Sartre et, plus proche de nous et de notre condition « postmoderne », de Noam Chomsky.

Cette « complicité » idéologique est expliquée et développée en quatre points:

1/ Le journalisme de révérence ; 2/ La prudence devant l’argent ; 3/ Le journalisme de marché ; 4/ L’univers de connivence.

Loin d’être ce « contre-pouvoir » proclamé, l’univers journalistique est d’autant plus idéologiquement révérencieux devant le pouvoir que ses propriétaires et leurs réseaux – ici décortiqués – sont proches du pouvoir et soucieux d’y rester. [Les élites n’ont pas à sournoisement s’arranger pour contrôler les médias, ils leurs appartiennent : Noam Chomsky]

Halimi, Les nouveaux chiens de garde

S. Halimi démontre cette connivence par le décryptage minitieux d’un matériau habituellement voué au flux amnésique de la consécution événementielle. Et cette façon de faire prend toute sa pertinence lorque notre auteur s’arrête sur des événements névralgiques tels que le temps du Traité de Maastricht, le plan Juppé et ses grèves associées, ou encore des mises en examen de PDG de multinationale ou d’hommes de Parti.

Cette description critique nous donne finalement la vision d’un univers dont l’écume est composé d’un groupe restreint d’individus monopolisant le médium, s’autoproclamant autant indépendants que critiques, mais aussi conformistes qu’uniformes.

Cet univers est centripète. C’est un « cercle de la raison » (dixit A. Minc) articulant exercice du pouvoir et légitimation de celui-ci, sous couvert de la rationalité lucide, arme brandit contre l’irresponsabilité et l’instabilité des « masses ».

Halimi note à ce propos que cette prolixité médiatique est également constituée de personnalités scientifiques, ou se donnant comme telle, la majorité des membres de la Fondation St-Simon – société réunissant sous la bannière du progressisme libéral et «raisonné » aussi bien des individus reniant « vertueusement » leur engagement de jeunesse pour l’Extrême-gauche que des hommes de Droite modérée au projet économique néo-libéral.

In terminis, nous remarquerons que, dans la droite ligne de sa collection d’orientation « spinoziste », cet ouvrage procure effectivement des ressources à qui veut pouvoir argumenter sa critique d’une « pensée unique ».

Serge Halimi, Les nouveaux chiens de garde, Liber – Raison d’agir, 1997, 110 p.

 

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