Donald Westlake, Le couperet

Posted on mars 18, 2008 par

0


Burke Devore, la cinquantaine, cadre moyen d’une entreprise moyenne, installé avec sa famille orthonormée (une femme, deux enfants) dans une banlieue pavillonnaire «blanche» planifiée et quelconque, se fait licencier. Là prend place « le couperet », l’histoire d’un états-unien moyen refusant sa métamorphose en proie à la marginalité.

Il suit les réunions dispensées et offertes par son entreprise sur comment «saisir cette chance» mais bientôt il trébuche sur les refus d’embauche à répétition ; ça cloche…puis ça coince. Le futur devient en soi un problème, le flux du devenir se rétrécie, se fait erratique, et menace de s’arrêter au moment des échéances contractuelles et financières (les assurances et les traites de la maison). Enfant du baby-boom et de l’essor économique le voilà plonger dans un monde plus inconnu que redouté. Il a peur.

Donald Westlake, Le Couperet

Il monte un plan aussi ingénieux que vécu dans la simplicité de son devoir. La situation est critique et la réaction à la hauteur de celle-ci. Il décide de tuer quelqu’un qui a «son» boulot, celui pour lequel il est compétent, celui qui correspond à sa vie, et comme la concurrence risque de lui dérober «sa» place, il décide également d’éliminer ses plus sérieux ennemis-concurrents. Burke s’accroche à la seule vie qu’il reconnaît comme possible, seul mode de vie que le système valorisent et c’est avec distance et sang-froid qu’il commettra ces meurtres. Dans sa tête, il doit rester l’homme qu’il était, il ne peut donc pas se permettre les dérives psychotiques d’un «serial killer». L’immoralité est vécue comme telle et n’est que temporaire : « J’essaie de parler d’une voie très douce, comme quelqu’un qui ne tue pas les gens» (p.102)

«Je ne peux modifier les données du monde où je vis. Ce sont les cartes que j’ai reçues, et je ne peux rien y faire. Tout ce que je peux espérer, c’est de jouer cette main mieux que tous les autres. Quel qu’en soit le prix (p.74)

L’histoire de Devore Burke c’est une variante postindustrielle de Gregor Samsa, cette victime de la métamorphose kafkaïenne. Tous deux vivait pour et par leur boulot mais dans un angle différent de celui de Gregor qui se laissera enfermé dans son travail d’insecte, Burke, devant faire face à son licenciement, initiera lui-même la métamorphose qui lui permettra de retrouver son emploi.

 

 

Compte rendu de : Donald Westlake, Le couperet, Seuil, Paris, 1998, [1997], Coll. Rivages Thriller, 246 p.

[Retrouver le compte rendu complet du livre à cette adresse]

Publicités
Posted in: compte rendu, livre