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Eric-Emmanuel Schmitt, Lorsque j’etais une oeuvre d’art

In art, books, compte rendu, litterature, livre on août 31, 2009 at 8:49

On lit de-ci de-la que ce livre est une virulente satyre de l’art contemporain. C’est a mon sens rate les propos centraux d’E-E. Schmitt.

Bien sur, notre auteur s’amuse, lors du passage par exemple consacre a une exposition mondiale de l’art contemporain a laquelle participe notre heros, a brocarder les bizarries et les oeuvres sans sens et sans fond. Mais c’est une caricature. La philosophie de ce livre est en realite morale, pour ne pas dire moraliste, et se veut la denonciation de la dictature de l’apparence. Il s’agit de demontrer les effets nefastes  du desir extreme d’etre connu et reconnu, desir s’articulant au regne des media et de leur ronde superficielle, incessante, produisant de plus en plus vite interet puis desinteret, puissance apparente de l’ego puis depression.

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Un post-adolescent au bord du suicide, car ne pouvant supporter de vivre avec un fort sentiment de n’etre  que quelconque, et finalement personne, devient entre les mains d’un artiste extravagant une oeuvre d’art a part entiere.

Ce livre se presente comme une biographie de ce personnage racontant son douloureux periple initiatique, ou a ufur-et-a-mesure de ces deboirs toujours plus grands, il finit par comprendre son erreur initiale : il se sentait exclu du monde par la mediocrite de son apparence, il finit par saisir qu’il devait s’interesser aux autres et au monde pour se sentir vivre et apprecier l’existence.

On le voit une analyse un peu plus approfondie de cette ouvrage nous amene dans d’autres contrees que celles faciles de la critique consensuelle des extremites de l’art contemporain.

Si nous suivons sans grande difficulte l’auteur dans cette mise en exergue des turpitudes de l’existence imposees par les vents violents de la dictature des apparences, il nous est toutefois plus difficile de l’accompagner dans ce qu’il nous propose comme antithese et remede a ce stress de l’ego.

Notre heros finira par acceder au bonheur d’etre en vivant avec la femme qu’il aime, sans travailler – a l’exception de l’ecriture de sa biographie -, le tout dans une maison isolee au bord d’une plage tranquille et paradisiaque. On a vu pire comme condition de vie ! Si la solution aux maux identitaires reside dans l’isolement et la vie de boheme, mais aisee, nous avons bien peur que ce traitement ne soit, malheureusement, que tres rarement accessible aux citoyens de ce monde…

Eric-Emmanuel Schmitt, Odette Toulemonde et autres histoires

In books, compte rendu, histoire, livre, review on avril 28, 2008 at 8:25

L’écriture d’Eric-Emmanuel Schmitt m’attire tant par l’intelligence et la culture servant ses récits (Le visiteur), que par la finesse psychologique des personnages (Petits crimes conjugaux, Monsieur Ibrahim…).

Ici, et contrairement à ce que proclame la quatrième de couverture, je retiendrai la justesse des dialogues intérieurs plutôt que la mise en variation de “quête du bonheur”.

Schmitt, Odette Toutlemonde

Huit nouvelles, huit femmes (mais finalement cela n’est que secondaire), huit histoires où la vie intérieure de chacun des personnages principales rentre en conflit avec leur vie sociale. Huit “turning point” donc, dont les dénouements se veulent étonnants (de temps en temps) et émouvants (la plus souvent).

On recommandera plus particulièrement la lecture de la dernière nouvelle “Le plus beau livre du monde“, apparemment basée sur une histoire vraie, où des femmes prisonnières politique de Staline, entreprennent en secret de leur goêliers d’écrire un livre posthume à leurs filles. Trois feuilles chacune, confectionnées avec peine en rassemblant le papier des cigarettes non fumées… Que leur dire ? Quoi leur laisser comme dernier souvenir, d’essentiel et de… définitif ?

Jean-François Lyotard, Tombeau de l’intellectuel

In compte rendu, livre, épistémologie on avril 12, 2008 at 1:01

De l’ «intellectuel» comme d’un disparu.

Selon Jean-François Lyotard, le début des années 80 se caractérise par le déclin des motifs universaux, c’est-à-dire la disgrâce des discours, affiliés à la philosophie des Lumières, ayant comme principe de production la défense d’un être absolu, qu’il soit nommé Nation, Peuple, Prolétariat ou Humanité.

« Les «intellectuels» s’adressent à chacun pour autant qu’il est le dépositaire, l’embryon, de cette entité, leurs déclarations se réfèrent à lui dans la même mesure, et elles procèdent pareillement. » (p.12)

Il serait ainsi devenu impossible d’énoncer ce type de discours. Il serait désormais impossible d’endosser et de légitimer une vision du monde et son devenir en fonction d’une éthique partageant le Bien du Mal.

«Pour le dire tout cru, on ne peut être un «intellectuel» sans déshonneur que si les torts ne sont pas partagés, si les victimes sont des victimes et les bourreaux sans excuses, que si dans le monde des noms qui forme notre histoire, certains au moins brillent comme de pures idées, sans défaut.» (p.19)

L’idée de l’universel n’a pas lieu d’être, le discours universaliste se tarit, la parole de l’intellectuel perd son socle : fin de l’«intellectuel».

Lyotard, Tombeau de l\'intellectuel

Notons avec l’auteur que le déclin de l’idée universelle «peut affranchir la pensée et la vie des obsessions totalisantes», ce qui ne manquera pas de susciter de nombreuses réflexions en ce qui concerne la nature des représentations idéologiques contemporaines… Un discours politique est-il, dans ces conditions, toujours envisageable ? Les aspirations utopiques, déclamées au début des années 70, ne perdent-elles pas ainsi leur principe premier ? Enfin, une utopie saurait-elle être individuelle ?

Par ces questions, nous nous apercevons que la fin de l’ « intellectuel » pose en définitive une autre interrogation, celle que Lyotard nomme «l’être-ensemble», à savoir l’organisation socio-politique de la société et sa mise en question. L’intellectuel mort, la discussion des enjeux socio-politiques perdent certes leur locuteur mais, néanmoins, demeurent. La question devient donc : qui s’attribuera la place laissée vacante ? En fait, les remplaçants sont d’ores et déjà présent ; il s’agit, pour Lyotard, des scientifiques des «sciences exactes», des «sciences humaines», des «techno-sciences du langage».

« Ces nouveaux cadres ne sont pas en tant que tels des intellectuels. L’exercice professionnel de leur intelligence a pour enjeu non pas d’incarner autant que possible dans le domaine l’idée d’un sujet universel, mais d’y réaliser les meilleures performances possibles. » (p.13)

L’intellectuel en sépulture, reste «l’intelligence» dans un monde de valorisation de la performance intellectuelle professionnelle…

Remarquons en conclusion, que Foucault avait déjà parlé de la fin des philosophes, des grands philosophes, «Sartre inclus» ; idée illustrée par cet intime sentiment de Jean-Jacques Brochier :

« Les grands héritiers, à des titres divers, de Sartre, Barthes, Foucault ou Deleuze ont disparu, sans nous laisser une si définitive impression de vide. Nous n’avons plus de contemporain capital, de philosophe vers qui nous tourner, d’écrivain qui prenait parti, sans ambages. Nous souffrons d’un manque de réponses, mais plus encore, peut-être, d’un manque de questions. Le piédestal sur lequel se dressait la statue du petit homme est bien vide. » (J.J. Brochier, «Le contemporain capital», article in Le magazine littéraire, n° hors série)

Jean Baudrillard dans A l’ombre des majorités silencieuses ou La fin du social [1978] écrit que « la masse », ou « les masses », sont des entités sans réelle existence, et donc efficacement irreprésentables, insondables… Elles font masse ! Et, à ce titre, nous nous permettrons d’avancer qu’elles sont en fin de compte ce «signifiant flottant», cette «valeur symbolique zéro» dont parlait Lévi-Strauss à propos du « mana », dans son introduction à l’œuvre de Marcel Mauss. Masse-mana : sujet inexistant des discours des politiciens et autres technocrates administratifs ou commerciaux. Jean Baudrillard, fidèle à ses idées sur la dissolution du pouvoir (Oublier Foucault, 1977), déclare les politiciens espèce en voie d’extinction. Alors : Fin des intellectuels. Fin des politiciens. A suivre.

Compte rendu de : Jean-François Lyotard, Tombeau de l’intellectuel et autres papiers

Galilée, Paris, 1984