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Articles reli´s: «:Lévi-strauss»

Claude Lévi-Strauss, Race et Histoire

In compte rendu, histoire, livre on avril 14, 2008 at 10:20

« Race et Histoire » (1952) fait incontestablement partie de la bibliothèque du citoyen du monde.

C. Lévi-Strauss nous livre ici un précieux opus démontant un mécanisme humain aussi efficace qu’omniprésent : la façon dont chacun lit l’histoire des civilisations à travers et à l’aune de sa propre culture. Par ce livre commandé par l’Unesco, Lévi-Strauss s’est donc attaché à déplacer les perspectives, c’est-à-dire à rendre moins opaque notre “kulturbrille” (F. Boas), nous aidant alors à nous déprendre de nos sens communs, nous encourageant également à résister à la séduction de ces répresentations qui nous soufflent sans cesse à l’oreille que le différent est un inférieur, un barbare, un non-civilisé, etc.

race-et-histoire

Plus précisément, Lévi-Strauss met donc à bas l’idée d’inégalité des races en explicitant les déformations du jugement entraînées par chaque culture et leur système symbolique et axiologique respectif. Il démontre ainsi l’irréductibilité des originalités culturelles de chaque société, faisant ainsi fi de l’idée du “faux évolutionnisme” et de son corollaire l’idée de progrès, en introduisant la notion d’”évènementialité” des sociétés et démontrant donc l’inexactitude des visions d’un développement de l’humanité linéaire et normé.

Jean-François Lyotard, Tombeau de l’intellectuel

In compte rendu, livre, épistémologie on avril 12, 2008 at 1:01

De l’ «intellectuel» comme d’un disparu.

Selon Jean-François Lyotard, le début des années 80 se caractérise par le déclin des motifs universaux, c’est-à-dire la disgrâce des discours, affiliés à la philosophie des Lumières, ayant comme principe de production la défense d’un être absolu, qu’il soit nommé Nation, Peuple, Prolétariat ou Humanité.

« Les «intellectuels» s’adressent à chacun pour autant qu’il est le dépositaire, l’embryon, de cette entité, leurs déclarations se réfèrent à lui dans la même mesure, et elles procèdent pareillement. » (p.12)

Il serait ainsi devenu impossible d’énoncer ce type de discours. Il serait désormais impossible d’endosser et de légitimer une vision du monde et son devenir en fonction d’une éthique partageant le Bien du Mal.

«Pour le dire tout cru, on ne peut être un «intellectuel» sans déshonneur que si les torts ne sont pas partagés, si les victimes sont des victimes et les bourreaux sans excuses, que si dans le monde des noms qui forme notre histoire, certains au moins brillent comme de pures idées, sans défaut.» (p.19)

L’idée de l’universel n’a pas lieu d’être, le discours universaliste se tarit, la parole de l’intellectuel perd son socle : fin de l’«intellectuel».

Lyotard, Tombeau de l\'intellectuel

Notons avec l’auteur que le déclin de l’idée universelle «peut affranchir la pensée et la vie des obsessions totalisantes», ce qui ne manquera pas de susciter de nombreuses réflexions en ce qui concerne la nature des représentations idéologiques contemporaines… Un discours politique est-il, dans ces conditions, toujours envisageable ? Les aspirations utopiques, déclamées au début des années 70, ne perdent-elles pas ainsi leur principe premier ? Enfin, une utopie saurait-elle être individuelle ?

Par ces questions, nous nous apercevons que la fin de l’ « intellectuel » pose en définitive une autre interrogation, celle que Lyotard nomme «l’être-ensemble», à savoir l’organisation socio-politique de la société et sa mise en question. L’intellectuel mort, la discussion des enjeux socio-politiques perdent certes leur locuteur mais, néanmoins, demeurent. La question devient donc : qui s’attribuera la place laissée vacante ? En fait, les remplaçants sont d’ores et déjà présent ; il s’agit, pour Lyotard, des scientifiques des «sciences exactes», des «sciences humaines», des «techno-sciences du langage».

« Ces nouveaux cadres ne sont pas en tant que tels des intellectuels. L’exercice professionnel de leur intelligence a pour enjeu non pas d’incarner autant que possible dans le domaine l’idée d’un sujet universel, mais d’y réaliser les meilleures performances possibles. » (p.13)

L’intellectuel en sépulture, reste «l’intelligence» dans un monde de valorisation de la performance intellectuelle professionnelle…

Remarquons en conclusion, que Foucault avait déjà parlé de la fin des philosophes, des grands philosophes, «Sartre inclus» ; idée illustrée par cet intime sentiment de Jean-Jacques Brochier :

« Les grands héritiers, à des titres divers, de Sartre, Barthes, Foucault ou Deleuze ont disparu, sans nous laisser une si définitive impression de vide. Nous n’avons plus de contemporain capital, de philosophe vers qui nous tourner, d’écrivain qui prenait parti, sans ambages. Nous souffrons d’un manque de réponses, mais plus encore, peut-être, d’un manque de questions. Le piédestal sur lequel se dressait la statue du petit homme est bien vide. » (J.J. Brochier, «Le contemporain capital», article in Le magazine littéraire, n° hors série)

Jean Baudrillard dans A l’ombre des majorités silencieuses ou La fin du social [1978] écrit que « la masse », ou « les masses », sont des entités sans réelle existence, et donc efficacement irreprésentables, insondables… Elles font masse ! Et, à ce titre, nous nous permettrons d’avancer qu’elles sont en fin de compte ce «signifiant flottant», cette «valeur symbolique zéro» dont parlait Lévi-Strauss à propos du « mana », dans son introduction à l’œuvre de Marcel Mauss. Masse-mana : sujet inexistant des discours des politiciens et autres technocrates administratifs ou commerciaux. Jean Baudrillard, fidèle à ses idées sur la dissolution du pouvoir (Oublier Foucault, 1977), déclare les politiciens espèce en voie d’extinction. Alors : Fin des intellectuels. Fin des politiciens. A suivre.

Compte rendu de : Jean-François Lyotard, Tombeau de l’intellectuel et autres papiers

Galilée, Paris, 1984