Eric-Emmanuel Schmitt, Odette Toulemonde et autres histoires

avril 28, 2008

L’écriture d’Eric-Emmanuel Schmitt m’attire tant par l’intelligence et la culture servant ses récits (Le visiteur), que par la finesse psychologique des personnages (Petits crimes conjugaux, Monsieur Ibrahim…).

Ici, et contrairement à ce que proclame la quatrième de couverture, je retiendrai la justesse des dialogues intérieurs plutôt que la mise en variation de “quête du bonheur”.

Schmitt, Odette Toutlemonde

Huit nouvelles, huit femmes (mais finalement cela n’est que secondaire), huit histoires où la vie intérieure de chacun des personnages principales rentre en conflit avec leur vie sociale. Huit “turning point” donc, dont les dénouements se veulent étonnants (de temps en temps) et émouvants (la plus souvent).

On recommandera plus particulièrement la lecture de la dernière nouvelle “Le plus beau livre du monde“, apparemment basée sur une histoire vraie, où des femmes prisonnières politique de Staline, entreprennent en secret de leur goêliers d’écrire un livre posthume à leurs filles. Trois feuilles chacune, confectionnées avec peine en rassemblant le papier des cigarettes non fumées… Que leur dire ? Quoi leur laisser comme dernier souvenir, d’essentiel et de… définitif ?


Claude Lévi-Strauss, Race et Histoire

avril 14, 2008

« Race et Histoire » (1952) fait incontestablement partie de la bibliothèque du citoyen du monde.

C. Lévi-Strauss nous livre ici un précieux opus démontant un mécanisme humain aussi efficace qu’omniprésent : la façon dont chacun lit l’histoire des civilisations à travers et à l’aune de sa propre culture. Par ce livre commandé par l’Unesco, Lévi-Strauss s’est donc attaché à déplacer les perspectives, c’est-à-dire à rendre moins opaque notre “kulturbrille” (F. Boas), nous aidant alors à nous déprendre de nos sens communs, nous encourageant également à résister à la séduction de ces répresentations qui nous soufflent sans cesse à l’oreille que le différent est un inférieur, un barbare, un non-civilisé, etc.

race-et-histoire

Plus précisément, Lévi-Strauss met donc à bas l’idée d’inégalité des races en explicitant les déformations du jugement entraînées par chaque culture et leur système symbolique et axiologique respectif. Il démontre ainsi l’irréductibilité des originalités culturelles de chaque société, faisant ainsi fi de l’idée du “faux évolutionnisme” et de son corollaire l’idée de progrès, en introduisant la notion d’”évènementialité” des sociétés et démontrant donc l’inexactitude des visions d’un développement de l’humanité linéaire et normé.