Des livres, des idees...

Articles reli´s: «:histoire»

Tzvetan Todorov, L’esprit des Lumieres

In histoire, litterature, livre, philosophie, quote, review on août 28, 2009 at 10:42

Ce livre est une analyse philosophique et politique de l’esprit des Lumieres, constitutif de notre histoire et de notre present. Un essai bien utile en ces temps post-utopiques ou tous les modeles ont tour a tour fait faillite.

Todorov nous offre ici une synthese legere, mais efficace, des trois composantes de cette philosophie des Lumieres :

1. L’autonomie, l’autonomie des individus face aux pouvoir religieux et politiques se nourissant autant que produisant de la laicite et de la verite, le tout par l’etablissement d’une difference entre la recherche du Bien dependant de la Morale et la recherche du Vrai relatif a la Science ; 2. L’Humanite ou comment petite a petit l’humain s’est place au centre ; 3. L’Universalite, a savoir une distinction, d’apparence subtile mais a bien y penser fondamentale, entre la “volonte de tous” et la “volonte generale”.

IMG_7884

En plus de l’utilite generale de cette mise en perspective des Lumieres, completee  d’une critique des anti-Lumieres, on retriendra trois points d’interets particuliers.

1. Le role du protestantisme comme precurseur des Lumieres : en degageant l’individu de la tutelle de l’Eglise, en autonomisant le “prive”, se libera lors un territoire qui s’etendra par la suite et finira par s’affranchir du religieux en general.

2. Bien qu’historiquement lie a l’Europe, l’esprit des Lumieres peut se reconnaitre dans bien des elements d’autres temps et d’autres cultures : Todorov nous parle de l’Inde, de la Chine et de l’Islam. Ce point permet de lutter contre une vision trop auto-glorifiante de l’Europe et de sa “civilisation”, les composantes de cet esprit n’etant pas la specificite exclusive des europeens.

tzvetan-todorov

3. Il ressort de ce livre une interessante vision de l’Europe. Notre auteur nous presente la diversite de celle-ci – tres souvent montree du doigt pour expliquer ses errements et ses problemes – comme une chance de promouvoir, non pas le plus petit denominateur commun, forcement improductif, mais le respect de l’autre, une chance de mettre en avant la tolerance et l’emulation intellectuelle que cela initie.

” [...] si, au lieu d’isoler telle qualite pour l’imputer a tous, on prend pour base de l’unite le statut accorde a nos differences et les manieres d’en tirer profit : en favorisant la tolerance et l’emulation, le libre exercice de l’esprit critique, le detachement de soi permettant de se projeter en autrui et d’acceder ainsi a un niveau de generalite qui inclut le point de vue de l’un et de l’autre.”

Eric-Emmanuel Schmitt, Odette Toulemonde et autres histoires

In books, compte rendu, histoire, livre, review on avril 28, 2008 at 8:25

L’écriture d’Eric-Emmanuel Schmitt m’attire tant par l’intelligence et la culture servant ses récits (Le visiteur), que par la finesse psychologique des personnages (Petits crimes conjugaux, Monsieur Ibrahim…).

Ici, et contrairement à ce que proclame la quatrième de couverture, je retiendrai la justesse des dialogues intérieurs plutôt que la mise en variation de “quête du bonheur”.

Schmitt, Odette Toutlemonde

Huit nouvelles, huit femmes (mais finalement cela n’est que secondaire), huit histoires où la vie intérieure de chacun des personnages principales rentre en conflit avec leur vie sociale. Huit “turning point” donc, dont les dénouements se veulent étonnants (de temps en temps) et émouvants (la plus souvent).

On recommandera plus particulièrement la lecture de la dernière nouvelle “Le plus beau livre du monde“, apparemment basée sur une histoire vraie, où des femmes prisonnières politique de Staline, entreprennent en secret de leur goêliers d’écrire un livre posthume à leurs filles. Trois feuilles chacune, confectionnées avec peine en rassemblant le papier des cigarettes non fumées… Que leur dire ? Quoi leur laisser comme dernier souvenir, d’essentiel et de… définitif ?

Claude Lévi-Strauss, Race et Histoire

In compte rendu, histoire, livre on avril 14, 2008 at 10:20

« Race et Histoire » (1952) fait incontestablement partie de la bibliothèque du citoyen du monde.

C. Lévi-Strauss nous livre ici un précieux opus démontant un mécanisme humain aussi efficace qu’omniprésent : la façon dont chacun lit l’histoire des civilisations à travers et à l’aune de sa propre culture. Par ce livre commandé par l’Unesco, Lévi-Strauss s’est donc attaché à déplacer les perspectives, c’est-à-dire à rendre moins opaque notre “kulturbrille” (F. Boas), nous aidant alors à nous déprendre de nos sens communs, nous encourageant également à résister à la séduction de ces répresentations qui nous soufflent sans cesse à l’oreille que le différent est un inférieur, un barbare, un non-civilisé, etc.

race-et-histoire

Plus précisément, Lévi-Strauss met donc à bas l’idée d’inégalité des races en explicitant les déformations du jugement entraînées par chaque culture et leur système symbolique et axiologique respectif. Il démontre ainsi l’irréductibilité des originalités culturelles de chaque société, faisant ainsi fi de l’idée du “faux évolutionnisme” et de son corollaire l’idée de progrès, en introduisant la notion d’”évènementialité” des sociétés et démontrant donc l’inexactitude des visions d’un développement de l’humanité linéaire et normé.